"Pour un développement humain, intégral, solidaire et participatif, en harmonie avec le vivant"

 
 
 
 
 
 
 
 

COP 27 Appel œcuménique à la sobriété Toutes les actualités Solidarité avec les étudiant.e.s. d'Iran

Georgio Sebregondi, acteur et penseur du développement en Italie, ami de Louis-Joseph Lebret
 

 

 

Yves Berthelot a été invité début octobre au Centre culturel italien à Paris à la présentation d’un livre rassemblant les écrits de Giorgio Sebregondi, un des penseurs et animateur du Développement du Mezzogiorno dans le cadre de la Svimez, contraction de Sviluppo (développement) et Mezzogiorno. Il y avait Filiberto Sebregondi, fils de Giorgio et Giuseppe De Rita, 90 ans, qui avait travaillé à la Svimez avec Sebregondi et rencontré Louis-Joseph Lebret.

Dans son intervention, Yves écrit notamment :

 

Après sa venue en 1953 au couvent de La Tourrette, siège d’Économie et Humanisme,  Giorgio Sebregondi publie en 1954 dans la revue Économie et Humanisme un article intitulé « Le développement harmonisé, note pour une théorie » où il apporte de nombreux éléments qui enrichiront la pensée de Lebret et qui apparaîtront dans ses publications ultérieures, notamment dans « Dynamique concrète du développement (1961) » où le développement authentique est caractérisé par les qualificatifs continu, auto-entretenu, indivisible, homogène et cohérent,

 

1.  Continu car le développement ce n’est pas « l’obtention d’un niveau déterminé »    mais « la série indéfinie des niveaux successifs »


2. Indivisible, c’est-à-dire que « le développement d’un ensemble ne peut être séparé du développement, au moins potentiel, de ses membres » 


3. Auto-entretenu, car un développement continu « oblige à reconnaître l’existence d’un principe vital interne apte à engendrer le processus même du développement » de l’individu, de l’entreprise ou du pays qui se développe.  Sebregondi précise, à propos des investissements, qu’ « il ne faut pas  viser exclusivement les investissements en bonification des sols, routes, aéroports, énergie électrique, usines, équipements » et leurs prolongements d’ordre commercial, financier et fiscal, mais les combiner avec la formation des dirigeants et cadres politiques administratifs et professionnels, avec la transformation des habitudes et des incitations sociales au travail, au gain, à l’épargne, … Il écrit ailleurs « le passage à opérer dans les pays sous-développés, n’est pas celui d’une technique à une autre mais d’un changement de stade de civilisation à une autre ».

 

Voir l’intégralité de l’intervention de Yves.


Lebret et Sebregondi, une pensée d’hier pour aujourd’hui
Yves Berthelot


Parler du dominicain Louis Joseph Lebret à l’occasion de la présentation du livre de Giorgio Sebregundi sur le Développement de la société italienne est pertinent tant les réflexions de Lebret et de Sebregondi sur le développement se sont mutuellement enrichies et tant les deux hommes se sont appréciés.
Comme l’écrit Giovani Farese à propos de la première visite de Sebregondi à Lebret en 1953 « L’entente avec Lebret ne pouvait être qu’immédiate » et Lebret écrira en 1958 : « Nous voulons rappeler tout ce que nous devons, notamment en ce qui concerne la perception de la complexité et de l'interdépendance des phénomènes sociaux de développement, à notre regretté ami Giorgio Sebregondi ».


La vie de Lebret a été marquée par :

  • la découverte de la pauvreté des familles de pêcheurs bretons dès 1929,
  • la découverte de la misère dans les favelas du Brésil en 1947, puis dans bien d’autres pays qualifiés alors de sous-développés,
  • les réserves de l’Eglise catholique sur sa recherche des causes de la pauvreté et de la misère qui l’avaient amené à étudier Marx.

 

Son action pour les pêcheurs a abouti à une loi sur l’organisation corporative des pêches, adoptée en 1941, abolie à la libération et remise en vigueur en 1946.


De cette époque, Lebret a retenu une méthode : avant toute action, il faut comprendre les difficultés des gens et leurs attentes et pour cela les écouter, rechercher eux les causes de ces difficultés, bien connaître le contexte juridique, institutionnel et social dans lequel l’action serait menée, s’inspirer des solutions apportées à des problèmes semblables dans d’autres pays. Sur les pêches, il a visité six pays européens et l’Afrique du Nord.  En passant, notons qu’échanger des expériences n’implique pas de copier ce qui s’est fait ailleurs mais de s’inspirer du cheminement qui a conduit à ces expériences et l’adapter.
Son expérience avec les pêcheurs et sa lecture de Marx incitent Lebret à s’intéresser, au développement des communautés ou des sociétés. Avec des intellectuels catholiques qui partagent ses préoccupations, Il crée, en 1941, Économie et Humanisme avec pour objectif de réfléchir aux fondations d’une économie humaine conforme à l’éthique du christianisme et implicitement de faire évoluer la doctrine sociale de l’Eglise qu’il jugeait trop figée.
En 1950, Il publie un article dans la Revue Économique où il définit l’économie humaine comme une discipline de recherche et d’action pour le passage de structures encore inhumaines à des structures plus favorables à l’épanouissement universel des hommes.
 

L’économie humaine :


1. Est une économie ordonnée à la satisfaction des besoins humains, ce qui l’oppose à une économie du profit : besoins essentiels indispensables à la vie et à la santé ; besoins de dépassement qui donnent à la vie sa raison d’être (besoins d’admirer, de créer, d’inventer, de communier avec ses semblables), besoins de conforts qui sont couverts par les offres l’économie de marché. Les limites entre ces catégories évoluent (par exemple le portable)
2. A une structure communautaire composée d’organismes professionnels ou territoriaux, auxquels on ajouterait aujourd’hui les ONG, guidés par la recherche du bien commun, Elle est à même, pense Lebret, de résoudre le problème de la répartition équitable des tâches et des fruits
3. Est une économie harmonisée où les progrès humains marchent de pair pour éviter de graves déséquilibres entre progrès scientifique, technique, urbanistique, sanitaire culturel, moral, spirituel.

 

Après sa venue en 1953 au couvent de La Tourrette, siège d’Économie et Humanisme,  Giorgio Sebregondi publie en 1954 dans la revue Économie et Humanisme un article intitulé « Le développement harmonisé, note pour une théorie » où il apporte de nombreux éléments qui enrichiront la pensée de Lebret et qui apparaitront dans ses publications ultérieures, notamment dans   Dynamique concrète du développement (1961) où le développement authentique est caractérisé par les qualificatifs continu, auto-entretenu, indivisible, homogène et cohérent, qualificatifs inspirés de Sebregondi comme le constate  Vitalis Anaehobi dans le numéro spécial du Journal of Global Ethics d’août 2021 consacré à Lebret :


1. Continu car le développement ce n’est pas « l’obtention d’un niveau déterminé » mais « la série indéfinie des niveaux successifs »
2. Indivisible, c’est-à-dire que « le développement d’un ensemble ne peut être séparé du développement, au moins potentiel, de ses membres » 
3. Auto-entretenu, car un développement continu « oblige à reconnaître l’existence d’un principe vital interne apte à engendrer le processus même du développement » de l’individu, de l’entreprise ou du pays qui se développe.  Sebregondi précise, à propos des investissements, qu’il ne faut pas « viser exclusivement les investissements en bonification des sols, routes, aéroports, énergie électrique, usines, équipements » et leurs prolongements d’ordre commercial, financier et fiscal, mais les combiner avec la formation des dirigeants et cadres politiques administratifs et professionnels, avec la transformation des habitudes et des incitations sociales au travail, au gain, à l’épargne, … Il écrit ailleurs « le passage à opérer dans les pays sous-développés, n’est pas celui d’une technique à une autre mais d’un changement de stade de civilisation à une autre.»
Il n’est pas étonnant que Lebret ait été incité par cet article et ses échanges avec Sebregondi, à lui demander en 1955 de contribuer à la formulation d’une théorie du développement intégral harmonisé. Celui-ci a décliné l’offre dans une longue lettre, de 31 pages, où il affirme que « l’on ne peut trouver dans la science économique, dans la sociologie, dans les doctrines politiques, dans le droit, ni dans les conceptions philosophiques de l’homme et de la société, de fondements suffisamment surs pour permettre ces jugements et ces synthèses qui seuls peuvent conduire à une théorie générale ».
La lettre qui se termine par des recommandations sur ce qu’Économie et humanisme devrait faire : être le promoteur de la démocratie directe, choisir et hiérarchiser les besoins humains et proposer les moyens concrets de les satisfaire. Signe de la sagesse de Lebret, il a bien pris cette rebuffade et a suivis ces conseils.
Économie et Humanisme a continué d’échanger avec Sebregondi et l’équipe de la SVIMEZ. Lebret s’est consacré au développement des pays en développement, a conseillé de nombreux gouvernements et chefs d’États, participé à l’élaboration de nombreux plans de développement. Mais, sans doute le plus important, il a grandement influencé la pensée de l’Eglise sur le développement.
Son amitié avec le cardinal Montini l’a rendu acceptable au Vatican qu’il a représenté dans différentes instances onusiennes, notamment la CNUCED où son intervention au nom de la délégation du Saint Siège lui a valu une ovation. Il rappelle que le développement est « indivisible » et que « le progrès doit s’effectuer pour chaque catégorie de la population et sous tous les aspects » et qu’il « ne peut avoir pour objet premier que l’élévation humaine des populations ». Il y invite à la solidarité et affirme que « les privilégiés n’ont rien qui ne doive contribuer à l’instauration du bien commun.» Surtout, Lebret est l’auteur des premières versions de l’encyclique Populorum Progressio. On y retrouve des exhortations à être plus plutôt qu’à avoir plus.


La pensée de Lebret est aujourd’hui promue et mise en œuvre par le Réseau international pour une économie humaine, RIEH, qui rassemble sur les 4 continents des universitaires et des hommes de terrain et des associations.


Pour conclure. Alors que nous prenons conscience que les ressources matérielles de notre planète sont finies et que des sociétés trop inégalitaires sont instables, Lebret et Sebregondi, qui ont mûri leur pensée dans les années 1950, nous ont laissé des écrits, des analyses et des recommandations pour concevoir un développement durable aujourd’hui.
Fondamentalement l’idée qu’il faut répondre aux besoins de tout l’homme et de tous les hommes, besoins essentiels et besoin de dépassement de soi et non pas maintenir un système économique qui les incite à vouloir toujours plus. La question qui se pose à nous est qu’auraient proposé Lebret et Sebregondi et s’inspirer des réponses pour éradiquer la pauvreté et faire vivre notre planète,
 

 


Ajouter un commentaire

-- Répondre à un commentaire --

-- Ajouter un commentaire --

commentaire :

Envoyer

 

Retour