"Pour un développement humain, intégral, solidaire et participatif, en harmonie avec le vivant"

 
 
 
 
 
 
 
 

VOYAGE A MADAGASCAR 3 / PLF2020 : PAS DE VOTE SANS DÉBAT CITOYEN ! Rancontres sur le terrain (FR) VOYAGE A MADAGASCAR

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VOYAGE A MADAGASCAR

 

L'eau, un service public qui repose sur le public !

 

 

 

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Dans beaucoup de villages rencontrés durant ma mission à Madagascar, les habitants doivent parcourir de longues distances pour disposer d’eau potable pour la cuisine et pour se laver. Il faut porter les lourds bidons par tous les moyens possibles et le plus souvent à bout de bras ou sur la tête des enfants et des femmes.

Beaucoup heureusement, sont dotés non pas d’un accès à l’eau dans les maisons, luxe jugé inaccessible, mais à des bornes fontaines réparties dans le village pour être à proximité des habitations. Cependant, même dans ce cas, il y a parfois des problèmes de fuites et de gaspillage.

 

Dans la commune d’Adoharanomaintso, accompagné de l’équipe de Fivoy, j’ai pu rencontrer les membres de la plateforme des usagers de l’eau (Vovonana). Il faut savoir qu’une commune rurale à Madagascar regroupe un bourg central, siège de la commune, et plusieurs villages appelés fokontany (prononcez « fouktane »), qui peuvent être éloignés jusqu’à 35 km du bourg, ce qui se traduit en une journée de transport tant les pistes sont en mauvais état. Dans le cas présent il y a 11 fokontany. Or, en plus du Vovonana pour la commune, il y a un comité local des usagers de l’eau (KOPA) dans chaque fokontany. Tous les Kopa ont tenu à être représentés pour me rencontrer, ce qui est un grand honneur qu’ils me font, et qui témoigne de leur volonté de faire connaître leur action et de leur attente pour bénéficier d’un soutien.

 

Le Président du Vovonana, Jean-Marie Fidèle, explique pourquoi ils se sont organisés, en 2014. Des associations avaient installé le système d’adduction d’eau puis s’étaient retirées. Le système fonctionne par gravitation, avec constitution d’un réservoir qui alimente ensuite les bornes-fontaines.

Cependant, rapidement, les infrastructures se sont dégradées et des fuites sont apparues, soit dans les conduits soit aux robinets. La plateforme et les Kopa se sont constitués pour effectuer les travaux de maintenance, mais aussi pour décider et faire respecter des règles dans l’accès à l’eau. Concrètement, chaque usager paye une cotisation, une fois par an, pour la maintenance (montant équivalent à  0,75 €), versée en nature au moment de la récolte, et dans le bourg une somme très modique est perçue par bidon (équivalent à 0,0125 €). L’accès aux bornes fontaines est contrôlé par des fontainiers dans le bourg et par les membres des Kopa dans les fokontany. Des plages horaires sont aussi, définies : en fonction des variations dans le débit des sources, des limitations de quantité accessible à chacun sont instaurées. Le Vovonana et les Kopa perçoivent les abonnements et les paiements, contrôlent les accès et font les réparations courantes. Certaines réparations plus importantes sont confiées à un technicien.

 

Fivoy est intervenue au départ pour sensibiliser la population et former les membres du Vovonana et des Kopa à la gestion financière. Tout cela est désormais bien rôdé et fonctionne sans problème important selon les participants.

Il faut noter que l’action du Vovona et des Kopa s’étend dans deux directions :

1/ la protection de la qualité des sources par un reboisement sur les bassins versants,

2/ la diffusion d’équipements d’hygiène (latrines et douches) dans les bâtiments publics (écoles, centres de santé, mairies, maisons communautaires, églises) et chez les particuliers. Ils interviennent aussi dans les écoles.

Ainsi la maintenance des systèmes d’adduction d’eau potable est assurée par ces comités émanant de la population.

 

Faut-il admirer cette capacité collective à s’organiser ou déplorer que les services de l’Etat ne jouent pas leur rôle de services publics ? C’est aux citoyens malagasy d’en décider…

 

Pour éclairer ce débat, il faut observer que toute la gestion de l’eau potable ne repose pas uniquement sur les populations. Un accord existe entre la région Haute Matsiatra et Le Grand Lyon (Lyon Métropole) en France, pour mener un programme d’investissements dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. C’est dans le cadre de ce programme qu’ont été mises en place les infrastructures de la commune d’Adoharanomaintso. Ce programme permet aussi de réaliser les études géologiques permettant  à la région de disposer d’un plan d’aménagement.

 

Or, il est intéressant de noter que cette intervention de Lyon Métropole s’appuie sur un dispositif législatif français trop méconnu et trop peu utilisé. La loi Oudin-Santini autorise depuis 2005 les collectivités, syndicats et agences de l’eau à consacrer jusqu’à 1% de leur budget eau et assainissement pour financer des actions de solidarité internationale dans ces secteurs.

Dans le cas présent, la mise en œuvre de cette loi par la métropole lyonnaise permet non seulement un apport financier significatif mais un transfert de savoir-faire car ce sont des entreprises du secteur de l’eau et de l’assainissement qui interviennent. La Direction régionale du Ministère de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène de Haute Matsiatra est ainsi amenée à se doter d’un plan d’action.

 

Fivoy s’efforce de renforcer le plus possible cette intervention de l’Etat. Elle rencontre régulièrement cette direction, participe activement aux réunions publiques sur le sujet et organise à l’occasion de la journée internationale de l’eau, le 22 mars de chaque année une manifestation festive à laquelle la directrice régionale est invitée. Ainsi Fivoy agit à la fois pour mobiliser les populations et pour impliquer les services de l’Etat. Cette conjonction est une des caractéristiques de la démarche de transformation des sociétés promue par le Réseau international pour une Economie humaine.

 

Michel Tissier

 

 

 

 

 

 

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