"Pour un développement humain, intégral, solidaire et participatif, en harmonie avec le vivant"

 
 
 
 
 
 
 
 

VOYAGE A MADAGASCAR 3 / PLF2020 : PAS DE VOTE SANS DÉBAT CITOYEN ! Rancontres sur le terrain (FR) VOYAGE A MADAGASCAR 2

Niort, France les 6-8 novembre 2019
 

FORUM NIORT

 

Forum de l’Economie sociale et solidaire et de l’Innovation sociale

 

Michel Tissier, secrétaire exécutif du RIEH, a participé au Forum de l’Economie sociale et solidaire et de l’Innovation sociale qui s’est tenu à Niort, en France du 6 au 8 novembre 2019.

Il y a notamment rencontré Laurence Kwark, qui participe à titre personnel depuis de très nombreuses années au RIEH et est secrétaire générale du Forum mondial de l’Economie sociale, en anglais Global Social Economy Forum (GSEF).

Il rend compte ici de ce qu’il retient de ce Forum.

 

Ce Forum est la cinquième édition d’une manifestation qui réunit tous les deux ans les différents acteurs de l’Economie sociale et solidaire en France. Il a une dimension internationale avec la participation du GSEF ainsi que la présence de délégations venues du Québec, de Corée du Sud, d’Italie, de Tunisie, du Burkina Faso.

Il a pour but principal de permettre des échanges et le réseautage et de donner de la visibilité à l’ESS.

En 2019, il a retenu le thème général suivant :

« En quoi l'Économie sociale et solidaire & l'Innovation sociale sont des outils au service des territoires et des réponses aux défis de société ? »

 

Avec comme déclaration liminaire :

« L'aspiration à une société plus égalitaire et plus juste, à une société plus participative où chacun peut agir, à une société qui relève énergiquement le défi écologique, s'affirme de plus en plus. Face à ces grands défis, l'ESS et l'innovation sociale constituent des options réelles et pertinentes. Elles affichent des modèles de développement social et économique différents et expérimentent des méthodes créatives et collaboratives pour faire ensemble ».

 

L’accent a été principalement mis sur cinq thématiques :

la transition écologique,

la transition numérique,

la coopération territoriale pour une autre économie,

la Silver Economie-bien vieillir,

l’égalité Femmes/Hommes.

 

Ce forum témoigne de la vitalité de l’ESS en France, avec plusieurs centaines de participants, une grande majorité de jeunes, des méthodes participatives et créatives tant dans la préparation de l’événement que dans son animation (table-ronde inversée basée sur les questions de la salle, recours à des outils numériques pour recueillir en temps réel les opinions ou les questions des participants, méthodes d’élaboration collective).

La visibilité dans la ville de Niort était aussi assurée par l’implantation de grandes tentes sur la place principale de la ville et l’utilisation de divers bâtiments en centre ville.

Voici quelques réflexions que ce forum inspire au secrétaire exécutif du RIEH.

 

 

Innovation sociale

 

A l’expression Economie sociale et solidaire, il est ajouté celle de l’Innovation sociale. C’est le cas pour le forum, comme pour l’intitulé du poste de Haut-Commissaire créé dans l’actuel gouvernement français.

On comprend bien l’intention : montrer que l’ESS est un facteur de dynamisme dans la société.

Mais on s’interroge quand même…

L’innovation sociale est multiforme : l’usage généralisé du smartphone est une innovation sociale majeure, le mariage homosexuel également.

Dans l’histoire de France, la mise en place des congés payés en 1936 et de la Sécurité sociale en 1945 également.

Comment un forum ou un ministère peuvent-ils embrasser un tel objet ?

Par ailleurs les innovations sociales sont-elles toujours un progrès ?

On peut se poser la question pour Airbnb ou Uber.

 

 

Les deux périmètres de l’ESS

 

De quoi parle-t-on quand on parle d’ESS ?

Il y a une première acception à laquelle il est fait fréquemment référence dans un tel forum : c’est un secteur de l’économie. C’est notamment le cas quand on donne un pourcentage du PIB généré par l’ESS, un nombre d’entreprises, un nombre de salariés. On s’intéresse alors au statut juridique, aux règles applicables en terme de fiscalité, au type de soutien attendu de la part des pouvoirs publics.

Il y a aussi une définition beaucoup plus large, à laquelle on se réfère aussi dans un tel forum : ce sont toutes les actions que mène la société civile pour répondre aux besoins collectifs de ses membres.

L’accent n’est alors pas mis sur les statuts, mais sur les valeurs.

Dans le champ économique proprement dit, sont concernées toutes les entreprises et les organisations qui se donnent comme objectif non pas de créer du profit par la concurrence, mais de répondre à des besoins sociaux par la coopération.

On peut, selon son point de vue, considérer qu’il y a là soit une source de confusion, soit une tension dynamique.

 

 

ESS et Objectifs de développement durable

 

Plusieurs ateliers et la table ronde de clôture ont été consacrés aux ODD (Objectifs de développement durable). Rappelons que ces 17 objectifs ont été adoptés par l’ONU pour tous les pays, quel que soit leur niveau de développement. Voir https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable.

L’intérêt de ces ODD est double.

Ils couvrent un champ très large, bien au-delà de la seule croissance économique, prenant en compte de façon cohérente la diversité des besoins et des droits humains. Par ailleurs ils constituent une référence mondiale, retenant la diversité des cultures et des civilisations.

Le Forum s’est attaché à montrer comment l’ESS contribue à l’atteinte des ODD. De la même manière, nous pouvons dire que l’économie humaine est la façon dont la société s’organise pour progresser vers les Objectifs de Développement durable.

 

 

Economie sociale et solidaire et Economie humaine

 

Commençons par une remarque qui incite notre Réseau à l’humilité.

Une telle manifestation montre à quel point l’Economie sociale et solidaire s’est imposé dans le paysage français, européen et mondial.

Tout un ensemble d’institutions ont été créées, qui promeuvent l’ESS, font du lobbying/plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour soutenir ce secteur, font l’objet d’une reconnaissance par le biais d’un statut juridique ou d’un volet des politiques publiques, suscitent des recherches universitaires. Les événements comme les salons, les forums, les rencontres sont multiples. Rien de tel pour l’Economie humaine.

 

Une des façons de combler cet écart est de considérer qu’au-delà des mots, tout cela relève d’un même mouvement : que les personnes et les organisations qui se réfèrent à l’une ou l’autre des expressions ont les mêmes valeurs, la même vision de la société, la même stratégie de transformation du monde, du local au global. C’est, me semble-t-il la position de Laurence Kwark qui estime qu’il faut être pragmatique et éviter de se quereller pour des mots.

 

Pour ma part, et je m’exprime ici à titre personnel, je crois que tout en reconnaissant les convergences et les terrains de recouvrement, il faut faire des distinctions qui évitent la confusion.

 

L’ESS doit garder son sens d’être un ensemble d’entreprises dont la finalité n’est pas le profit mais la réponse à des besoins sociaux. Ces entreprises doivent être viables et soutenables dans les environnements juridiques divers où elles existent. Elles produisent des biens et des services, elles ont un compte d’exploitation, elles emploient des personnes. On y utilise le mot économie au sens habituel du terme.

 

L’économie humaine s’inscrit dans une autre logique : C’est, avant tout, un projet de société dans lequel nous sommes tous acteurs du changement, unis par ce qui nous rassemble pour répondre au bien commun. Comment la société, à ses différents niveaux – local, régional, national, continental, mondial – s’organise pour répondre aux besoins de ses membres. On y emploie le terme économie dans un sens inhabituel, celui d’organisation de la maison commune.

Dans ce sens l’économie humaine englobe l’économie sociale et solidaire, mais ne s’y réduit pas.

 

Un des débats du forum portait sur la question récurrente : "comment l’économie sociale et solidaire peut-elle devenir la norme de l’économie internationale ? Comment peut-elle changer d’échelle ?" 

Je ne crois pas que ce soit en étendant ses caractéristiques juridiques et statutaires à l’ensemble de l’économie.

C’est plutôt en considérant que ce secteur particulier, qui restera limité, est porteur avec d’autres, d’un projet plus vaste qui porte le nom d’économie humaine.

 

Voilà une position qui ne manquera pas de susciter des débats. Eh bien, ayons ces débats !

 

 


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